10/10/2012

Jean-Michel Marchetti / Æncrages & Co

J'ai découvert le travail de Jean-Michel Marchetti il y a une dizaine d'années. Je tentais alors de rassembler, dans les rayonnages de ma petite bibliothèque, l'ensemble des livres de Charles Juliet que je m'étais mis à lire assidûment. Je n'avais jusqu'alors jamais lu, je vivais dans l'obscurité... à peine quelques livres à l'école, au collège ou au lycée, simplement parce qu'il fallait. Je dois donc avouer, une nouvelle fois, que la dette vis à vis de Charles Juliet est énorme. J'ai commencé par son journal qui m'a ouvert de nombreuses portes. J'avais d'abord lu L'Autre faim, lors de sa parution, et j'étais remonté jusqu'au premier tome. C'est grâce à ce journal, au fil des pages, que je me suis fait une première idée de ce que pouvait être la littérature, avec notamment Bernard Noël (que je n'ai jamais cessé de lire, depuis) dont il parlait souvent, ou encore Beckett, Kafka, Kazantzakis, etc.  Porte ouverte en grand sur la peinture, également,  que j'avais commencé à apprécier, plus jeune, en me satisfaisant des reproductions des Lagarde et Michard de ma mère. Je ne sais plus quelles peintures m'avaient alors particulièrement impressionné... mais je dirais Cézanne, Courbet, et d'autres. Avec Charles Juliet, je retrouvais Cézanne, bien sûr, puis je découvrais Bram Van Velde, complètement bouleversé par ses  propos (voir Rencontres avec BVV)
Dans cette quête des livres de Juliet, j'avais déniché deux volumes, sur internet, parus chez un éditeur que je ne connaissais pas...  à vrai dire je n'en connaissais aucun. C'était Æncrages & Co. Le premier volume que je ressors pour l'occasion, Cette flamme claire, paru en 1995, contient 7 linogravures de Jean-Michel Marchetti, dont le style est particulièrement dépouillé. Des rectangles noirs, puis gris, de plus en plus clairs (on verra l'analogie avec le parcours de CJ), parfois rayés de lignes blanches, font écho aux poèmes: " rien ne s'annonce / mon silence muet / mais je demeure en attente / prêt à capter ce qui va sourdre". Le second, Lire un bon livre, est paru en 1999. Il contient des lithographies du même artiste et, relisant les quelques pages, je ne peux que faire mienne cette phrase: "Sans les livres et la lecture, ma vie aurait été désertique." C'est possible. Plus obscure en tout cas. 
Quelques années plus tard, en 2005, Charles m'avait offert un exemplaire d'un livre d'artiste paru chez le même éditeur: Les autoportraits de Jean-Michel Marchetti. Il avait rédigé le texte à Wellington, lors de son séjour en Nouvelle-Zélande. C'est un livre absolument superbe qui ne contient pas moins de 16 reproductions de photographies, 4 encres et une photographie originale de Jean-Michel Marchetti. J'y découvrais pour la première fois le visage du peintre, imprimé sur calque, qui laissait transparaître le texte de Charles "Avec ses autoportraits sans visage, Jean-Michel Marchetti ne nous parle de rien d'autre que de cette aventure que nous sommes appelés à vivre lorsqu'un besoin irrépressible nous en fait l'obligation..." (Je trouve d'ailleurs en cherchant sur le net cette belle photo de CJ et JMM, côte à côte, que je n'avais jamais vue / JMM me signale qu'elle a été prise à la galerie REMARQUE, en 2002, lors d'une exposition accompagnée d'une lecture de Charles avec lequel il signait Invite le vent, aux éditions Remarque).
C'est plus récemment que j'ai redécouvert le travail d'édition mené par Æncrages & Co grâce à l'ami  Georges Badin qui me parlait d'un livre à venir avec Joël Bastard. Deux de ses peintures y seraient reproduites en clichés typographiques, dans la toute nouvelle collection écri(peind)re. (Voir aussi son  Livre à deux voix, dans la collection Oculus). Cette collection proposait de mettre en regard le travail d'un auteur et d'un peintre. Les travaux plastiques sont, dans chaque exemplaire, des gravures originales ou des reproductions en clichés typographiques. Je m'étais donc empressé de commander deux exemplaires de ce livre accompagné par Georges. Presque au même moment, Scanreigh m'avait lui aussi parlé de sa collaboration avec l'éditeur. Il proposait des séries gravures pour deux livres de la collection Voix des chants. L'une pour le Survivre de Michel Butor, l'autre pour les Poèmes pauvres d'Antoine Emaz.
Pour en revenir à la collection écri(peind)re, on y trouvera les duos suivants: Bastard / Badin, Claudel / Leick, Mizon / Hollan, Butor / Deblé, Ascal / Titus-Carmel, etc. Et je me suis mis à collectionner plus particulièrement cette singulière collection -  je me rends compte en rédigeant ce billet que le livre de Philippe Claudel est le seul que je ne possède pas encore... Alors que, pourtant, au moins l'un de ses textes avait fortement compté pour moi, on comprendra lequel, à l'époque de Dehors / hors de / horde, pour l'expérience commune, sans doute (et un très grand merci à Jean-Marc Undriener pour l'écho récent).
Une certaine forme de hasard a voulu que l'un de mes textes ait la chance de se retrouver chez Æncrages & Co, pour paraître dans cette collection. Quand Roland Chopard m'a proposé de travailler avec Jean-Michel Marchetti, j'ai bien sûr été très heureux, cela faisait sens. Mais, d'une certaine manière, j'étais impressionné. Ma première "rencontre" avec le peintre datait d'une époque où presque tout ce que je découvrais  m'écrasait dans ma nullité. Mais la simplicité de JMM m'a permis de ne pas me trouver figé dans mes restes. Nous nous sommes rapidement mis au travail sur de petits livres manuscrits, pour la collection des Livres Pauvres de Daniel Leuwers ou pour les L3V de Marie Thamin. Des livres manuscrits en attendant le livre à venir, chez Æncrages. De petits volumes, pour faire connaissance et se rencontrer un peu. Sont très vite apparus quatre livres:

-Le froid lie, poème manuscrit, planchettes de cèdre collées de J-M. Marchetti, (6 ex.),  Livres Pauvres, avril 2012

-Le fil mince d'être ici, peinture et cire de J-M. Marchetti, (6 ex.)  Livres Pauvres, avril 2012

-Un abri pauvre, peintures de J.-M. Marchetti, (3ex.), collection L3V, juillet 2012
 
-une phrase un peu longue, peintures de J.-M. Marchetti, (6 ex.) Ed Livres Pauvres, août 2012





















 




 
Alors que Mieux taire vient tout juste de paraître, nous prolongeons la rencontre, avec un  Merle rapide (6 ex. pour la collection "Jamais" des livres pauvres). C'est en quelque sorte un prolongement du livre, avec ce merle qui insiste, une fois encore, tel qu'on peut le retrouver dans les tirages de tête qui contiennent tous une encre originale. D'autres livres sont en attente dans l'atelier de l'artiste. D'autres viendront, je l'espère.

Pour finir et pour enfoncer le clou concernant la dette à Charles Juliet, il faut ajouter que c'est Bernard Noël qui a rédigé la brève préface du recueil. Par ailleurs, dans l'une des séries de textes (elle est dédiée à Jérémy Liron) il est question de Bram Van Velde... et Jean-Michel en propose un portrait qui me plaît particulièrement. Finissant ainsi, on a l'impression qu'une sorte de boucle est bouclée,... mais non, parce qu'il reste à faire. On ne peut pas dire non plus qu'on n'a fait que patauger sur place (même si...). On pourrait simplement envisager qu'on ne se déplace jamais très loin, ou plutôt qu'on forge son bagage sur la route, on traîne un peu de ce qui compte avec soi. Voilà, on continue.



On peut commander Mieux taire directement chez l'éditeur en visitant le site internet ou dans sa librairie habituelle. Je conseille bien sûr à chacun de s'intéresser à la collection écri(peind)re qui est vraiment superbe. A noter, la récente parution du livre de Claude Chambard, Cet être devant soi, que je viens de recevoir. Il est accompagné d'une encre en trois volets d'Anne-Flore Labrunie.




"Tu dis : Non
les peintres & les écrivains n'ont pas de secret
ni celui de la souffrance
ni un autre
la peinture & l'écriture ne nous montrent pas le chemin"    ( C.Chambard)

Il existe par ailleurs un tirage de tête limité à 30 exemplaires de Mieux taire qui contient une encre originale de Jean-Michel Marchetti. Ce dernier est proposé à 100€ par l'éditeur.


Quelques notes au sujet de Mieux taire:

 - Chez Jérémy Liron, en suivant ce lien.
- Sur le Poezibao de Florence Trocmé, ici.


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